Trois jours après les affrontements meurtriers consécutifs à la révolte des adeptes de Bundu dia Kongo dans le Bas-Congo, des estimations provisoires des incidents établissent un comptage de près d’une centaine de morts.

Nsemi Ne Muanda, leader de Bundu estime que ses adeptes ont été provoqués par la police. Selon les sources de la Monuc confirmées par le maire de Matadi, la police avait tiré en l’air pour disperser les manifestants. La situation est redevenue calme sur la presque totalité de la province.
La province du Bas-Congo a flambé. Qui l’eût cru ? Encore une fois la folie humaine, mieux la folie politicienne est à la base de cette situation qui a endeuillé une population qui n’avait nullement besoin de la manifestation des humeurs. Qu’est-il arrivé au Bas-Congo ? Il est difficile de le dire dès le moment où la situation est de plus en plus politisée. Heureusement que la Monuc, témoin privilégié de cette situation apporte le témoignage suivant :
« Des violentes manifestations ont eu lieu mercredi 31 janvier 2007 en protestation contre l’élection du gouverneur Simon Mbatshi qui fait partie de l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) du Président Kabila.
Ces manifestations ont impliqué le groupe politico-religieux de Bundu Dia Kongo (BDK) et la Police nationale congolaise (PNC) et ont fait 10 morts et plusieurs blessés ». Selon un officier d’information de la Monuc : « Le BDK a organisé une manifestation à Matadi pour « dénoncer la corruption lors des élections sénatoriales et celles des gouverneurs ». La PNC a mené une enquête dans une résidence occupée par le leader du BDK, Ne Muanda Nsemi, dans le quartier Soyo. Elle avait trouvé et confisqué une centaine de machettes qui y étaient entreposées. Face à la résistance des gardiens de la résidence, la PNC a utilisé des gaz lacrymogènes et du matériel anti-émeute ».
Du côté officiel, le maire de la ville fait un témoignage qui avoisine celui de l’officier de la Monuc. Pour le maire de Matadi : « La PNC avait tiré en l’air pour disperser les gardiens. Deux véhicules de la MONUC ont été attaqués par des militants du BDK. L’un deux s’est enfui tandis que l’autre a été complètement brûlé. Des Casques bleus du bataillon ghanéen sont venus sur place et ont tiré en l’air pour disperser les gens qui jetaient des pierres de toutes parts ».
Bilan très lourd
Selon un bilan non encore confirmé officiellement, les affrontements entre les forces de l’ordre et les adeptes de Bundu dia Kongo qui ont eu lieu mercredi et jeudi dernier auraient fait 90 morts et 16 blessés graves dans l’ensemble.
Dans la cité de Moanda sur la côte atlantique, on aurait dénombré 36 corps dont 29 adeptes de BDK. A Boma, on signale un bilan de 25 morts et de 16 blessés graves. Il s’agit des indications données par les milieux hospitaliers. Parmi ces victimes, on dénombre quatre policiers dont deux morts et deux blessés.
A Matadi, chef-lieu de la province on fait état de 16 morts dont 1 militaire et 15 membres de BDK. A Songololo, chef-lieu du territoire du même nom, on signale 14 morts tous survenus, selon notre source, à un barrage érigé par les adeptes de ce mouvement politico-religieux.
Comme le signalent nos sources, ces événements se sont étendus presque sur toute l’étendue de la province du Bas-Congo. Tous les grands centres et cités de la province ont été touchés. Kimpese, Luozi, Mbanza-Ngungu et Kisantu ont connu une mobilisation des adeptes de BDK même si dans ces dernières cités, ils se contentent de se cantonner au siège de leur mouvement. D’aucuns parlent d’une alerte générale dans les rangs de BDK.
Des raisons qui ne tiennent pas
Le leader de Bundu dia Kongo, se confiant à la presse, a donné les raisons de ce déchaînement de ses adeptes. Pour lui, il ne s’agit pas seulement des militants de BDK, mais de toute la population du Bas-Congo. Il met les incidents sur le compte de la provocation des forces de l’ordre. « Si ces troupes reviennent en ordre, qu’elles ne nous provoquent plus, qu’elles ne nous attaquent plus. Alors, nous nous engagerons dans la voie qui consisterait à sauvegarder la paix dans notre province du Kongo Central qui a toujours été une province pacifique ».
La population serait descendue dans la rue pour dénoncer la corruption. Cela est discutable. L’Opinion estime qu’en matière de contentieux électoral, la loi offre des voies et moyens de contestation. Il s’agit notamment de saisir les cours et les tribunaux. Il nous revient que c’est ce que BDK a fait. Mais en attendant le verdict, ce mouvement a organisé des journées ville morte. Les observateurs pensent donc qu’il fallait choisir ou la voie des cours et tribunaux ou les manifestations de rue. Faire les deux à la fois, c’est vouloir influencer la justice. La même opinion pense qu’il serait exagéré de parler d’un mouvement général de la population du Bas-Congo dans la mesure où toute la population n’est pas dans BDK. Car, il y a des militants des autres partis politiques qui n’avaient pas trouvé à redire sur les opérations électorales. Enfin, si le leader de BDK n’était pas candidat vice-gouverneur, pense-t-on, et si Fuka Unzola avait remporté l’élection, il n’y aurait pas accusation de corruption. On estimerait que le peuple ne Kongo s’était ainsi exprimé.
La démocratie est devenue une notion relative. Certains s’en saisissent pour servir des causes qui n’ont rien de démocratiques. Les officiels pensent que BDK abuserait de la crédulité des jeunes gens et pères de famille. Cela est tout, sauf un apprentissage de la démocratie. Une chose est vraie, les manifestations de ces derniers jours au Bas-Congo se sont faites dans une intolérance inacceptable. Le souhait de tous est que ce qui est arrivé ne se reproduise plus.
Les adeptes de Bundu dia Kongo restent des citoyens congolais. A ce titre, ils ont droit à la protection nationale. De même, ces derniers doivent savoir que, quoi qu’il arrive, quelles que soient les revendications à faire, on ne doit pas poignarder dans le dos l’autorité représentée par la police.
(Yes)L’Avenir
Last edited: 03/02/2007 15:06:08